- Le Bel Enfant -
Gabriel Randon dit Jehan Rictus
Publication posthume - Mais écrit vers 1900
Sa bio ici :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jehan_Rictus
Comme cÂ’est doux, comme cÂ’est beau
À voir
Le soir
Dans quelque modeste famille
Le « bel Enfant » qu’on déshabille
Petit gas ou petite fille
Avant quÂ’on le mette au dodo
Comme cÂ’est doux, comme cÂ’est beau.
Ce n’est peut-être pas au gré
D’un tas de « fabricants » de vers
Diseurs de riens cisÂ’leurs de mots,
Bons rimeurs mais piètres poètes
Ce n’est peut-être pas assez
« Esthétique » ! ni « littéraire »
Mais cÂ’est pourtant rudement beau.
« Petit Père » ayant tout le jour
Traqué la pièce de cent sous
Dans ce Paris cruel et fourbe
Ou bien, peiné sur des dossiers
Sous lÂ’agressive surveillance
D’un « Chef » quinteux et tracassier
Voici, voici sa récompense...
On est à la fin du repas ;
On fume, on rêve, on boit, on cause
Quand l’Enfant se met à bâiller
(La salle à manger est bien close)
Nous allons le déshabiller
Devant lÂ’Ami, le Familier...

La pudeur ne peut être en cause
(Il est si jeune, nÂ’est-ce pas)...
Puis un bébé nu, c’est si beau.
Donc, la Maman le prend sur elle
(Baisers goulus, tendres querelles)
Et, sous le gaz ou lÂ’abat-jour
À mon ravissement immense
LÂ’ineffable labeur commence
Accompagné d’un chant d’amour.
— « Donne tes beaux « iers iers » mon Ange »
Docile, car ensommeillé
LÂ’Enfant tend ses menus souliers
Et, partis les bas ou chaussettes,
Paraissent les deux petits pieds !
Ah ! les petons ! Ah ! les « papattes »
Ronds commÂ’ petites patates
Et gras comme oisillons plumés
(La bouche s’en montre affamée)
Chers petits pieds ; charmants « totos ».
Aussi Maman les mord et mange
Comme de bons petits gâteaux.
Puis, au reste de la toilette
Et voilà que les vives mains
Vont, viennent, volent, se propagent
Parcourent lÂ’Enfant en tous sens
Le dépouillant des vêtements
Comme on délivre de ses feuilles
Un gros bouquet de fleurs des champs.
Alors, peu à peu s’en dégage
Le cou portant à sa naissance
Le beau collier d’ambre à gros grains
Vient, la suave épaule blanche
Que suit le beau petit bras rond
Au coude orné de sa fossette,
Le beau petit « bra-bras » dodu
Pénible à tirer de la manche...
LÃ , Mamans, jÂ’admire Vos Mains
Vos Mains, savantes et légères
Lorsque, sans peur de le casser
Comme un bibelot d’étagères
Vous tripotez et pétrissez
Le Petit Animal Humain !
Et mÂ’enivre du doux parler
Que forment vos tendres paroles
Ce « bébaiement » délicieux
Aux diminutifs gracieux
Analogue au babil créole !
Enfin, debout et soutenu
Près de ses mignonnes mamelles
Par les bonnes mains maternelles
Râblé, poli, frais, propre et beau
Voici lÂ’Enfantelet tout nu
Potelé comme un angelot
Avec ses petits reins cambrés
Les fermes pommes de ses fesses
Ses doux membres cerclés de graisse
Son ventre et son nombril bombés
Comme cÂ’est doux, comme cÂ’est beau.
Et puis, avant quÂ’Elle lui passe
Sa longue chemise de nuit
Semblable aux Vierges des Églises
Qui présentent « l’Enfant Jésus »
Maman se levant, le ramasse
Et me lÂ’apporte, bras tendus
Me lÂ’apporte, me le confie
Sachant bien dans sa charité
Que les seuls « enfants » de ma Vie
Sont « Solitude » et « Pauvreté »
Et dit ces mots de bonne grâce :
« Maintenant qu’on est dévêtu,
Il faut aller dire : bonsoir
À notre ami « Jehan Rictus ».
Et voilà qu’autour de mon cou
Deux jolis bras dÂ’amour se nouent
Voilà que près de mon oreille
Et dans ma barbe quÂ’elle effleure
Une bouchette en chair de fleur
Balbutiante de sommeil
Me souffle : « Bonsoir mon « ictus » !
Alors, je sens mon vieux cœur fondre
Comme une neige de Printemps
À peine si je puis répondre
À la caresse de l’Enfant.
Et tandis que Maman lÂ’emporte
Dans le nid de laine ou de soie
Je mÂ’en vais pour ne pas quÂ’on voie
Ma Douleur.
J'ai fait vérifier le contenu de ce texte, avec attention,
et personne n'y voit déraison ou
quelconque allusion à un quelconque sous-entendu .
Merci de ce com qui m'a interpelée :)
Bien que fréquentant Le Montmartre
des Artistes et anarchistes,
Il me semble que L'auteur fait davantage allusion
à la vie déchirée avec une mère caractérielle,
et une enfance à la " Poil de Carotte "
Et cette tendresse qu'il n'eut pas de sa Maman.
Le tout conté dans " Fil de Fer " du même auteur.
Cependant, j'ai supprimé les derniers vers.
Encore Merci :)