|

Que faisais tu quand tu étais petit(e)
Il nÂ’y a pas si longtemps
Avais tu des stations de jeux sophistiquées,
A faire pâlir les neurologues de ton quartier ?
Pas moi.
Avais tu ta chambre tranquillement ?
Pas moi, deux chambres pour quatre enfants.
Avais tu les vêtements que tu aurais aimés, les chaussures dernier cri ?
Que nenni !
Pas moi, parfois ils piquaient, la laine, je ne supportais.
Maman tricotait et piquait, rien je ne disais
Ses doigts de fée
Des miracles faisaient.
Quand tu étais petit (e)
Avais tu un bureau à toi seul ?
Moi non, on faisait les devoirs ensemble,
Un dico qui a suivi tous les membres de la famille,
Quelques livres de par la bibliothèque, de l’école, celle du cathé
Pas une rangée, mais tous je les avalais,
Pas eu toutes les BD que j’aurais aimées
Ce n’était pas donné,
J’ai eu une poupée, très belle il parait,
Mais déjà férue d’anatomie,
Qui ne fut que folie
Et ne comprenant pas pourquoi elle ne parlait
Pourquoi elle ne me répondait
Je l’ai démontée, doucement,
Hélas, je n’ai rien vu de vivant,
Alors je l’ai abandonnée
Grand-mère au marchant l’a rapportée
Qui les bras ballants s’est exclamé
« Elle est complètement cassée ».
Plus personne ne mÂ’en a offert,
Triste affaire.

Le seul bisou de Maman au coucher me suffisait,
Ainsi que le « dors bien, gamine » de Papa.
Dans la chambre voisine les rires des Grands,
Dont je nÂ’ai jamais su le pourquoi du comment,
Mon premier puzzle, c’est à la maternelle que je l’ai vu
Comme tant dÂ’autres inconnues
J’ai de suite adoré,
Assembler des images qui s’emboîtaient
Avait un sens,
On construisait un paysage, une distance
Avec soutien et entrain,
De nos petites mains,
Lavées par une dame gironde,
Autour d’un géant lavabo, formant une ronde.
Souvent j’ai admiré mes « nabots »
Faire de même avec des mécanos,
Passer des heures à construire
Ce qui serait leur avenir
Des crayons de couleurs en pagailles,
Pour saisir les moindres détails,
Une gomme pour effacer les traits
D’une fleur mal dimensionnée
Les rentrées sentent bon les cahiers neufs,
Un rouge et un bleu, couleurs républicaines,
Un blanc brouillon, assemblé au fil de laine
Fort comme un bœuf,
Nous avions une blouse, pas grise,
Pas précise,
Mais elle cachait les différences
Apparences,
Dissimulait les misères de certains, les pauvretés
Cachait, des autres, les aisances
Aplanissait la société, en UNE seule communauté,
Celle des enfants
Tous participants
Même si une institutrice donnait la faveur à la plus riche,
La classant pour un demi point pois chiche
Première sans cesse devant moi la belle affaire,
Nous avons embrassé la même carrière
Étrangement.
Elle a connu l’héroïne,
Quand je promenais mes chtis
Quand on est pistonné, la vie est assassine.

Je ne sais ce que vous faisiez de vos jeudis.
Dans la fermette où j’habitais,
Se lever aux aurores, voir le lait couler des pis,
Le boire à grandes gorgées,
Changer la litière des lapins
Glisser des fanes de carottes à la main
Faire du grenier à foin, une maisonnée,
Sortir d’une malle des rideaux crochetés par mémé
En faire des paravents,
Où sont-ils maintenant ? Ce n’était pas malin !
Chez l’antiquaire à prix exorbitant !
Prendre en douce les tiroirs des tables de nuit,
Sans faire de bruit,
Les ficeler, et se tirer du haut du tas de regain,
Se laisser glisser comme un train
Tout schuss à en être saoulé
Des dizaines de fois, dévaler,
Rire avec Papa qui en fauchant se trouvait gêné des hannetons
Alors, on faisait la « chasse « aux « bille billes «
Lui à l’ouvrage, moi aux aguets,
Pour le protéger et l’aider sans Ko par abandon !
Se faire gronder, quand c’était mérité,
Se faire expliquer, sans se faire bousculer,
Se prendre en charge tôt,
Assumer ses bobos,
Braver le dentiste en y allant seule,
Sans craindre quelque individu malfaisant
Au coin de la rue, traînant,
Pas de véhicule pour nous héler au seuil
Du portail des fins de classe
Solidarité en place !
Au village tout se savait,
On prenait soin des enfants de tous
Rendant sans compter les services
Les pères réglaient les différends des enfants
Sans tribunaux ni juges
Les yeux dans les yeux avec leur chérubin
Il nÂ’aurait pas fallu ramener des racontars
Ça aurait été notre heure de gloire !

© Atmos 2007-07-01
|